mercredi 15 mai 2013

Va ! Je n’ai plus besoin de ta race naïve,


La Jeune Parque - Paul VALÉRY



Cher Serpent … je m’enlace, être vertigineux !
Cesse de me prêter ce mélange de noeuds
Ni ta fidélité qui me fuit et devine…
Mon âme y peut suffire, ornement de ruine !
Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments,
De mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants ;
Elle y suce longtemps le lait des rêveries …

La Jeune Parque
Paul VALÉRY



dimanche 12 mai 2013

Laisse donc défaillir ce bras de pierreries


La Jeune Parque - Paul VALÉRY



Qui menace d’amour mon sort spirituel …
Tu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel,
Moins désirable… Apaise alors, calme ces ondes,
Rappelle ces remous, ces promesses immondes …

La Jeune Parque
Paul VALÉRY

Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?...


La Jeune Parque - Paul Valéry




... Ou si le mal me suit d'un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l'or des lampes)
J'ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?

Toute? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d'un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

La Jeune Parque
Paul VALÉRY

vendredi 10 mai 2013

samedi 4 mai 2013

Le pilote qui voit une nef périssante

Théodore Agrippa D'aubigné - L'Hécatombe à Diane


En l'amoureuse mer remarquant les ennuis
Qu'autrefois il risqua, tremble et lui est avis
Que d'une telle fin il ne perd que l'attente.

Théodore Agrippa D'aubigné

vendredi 3 mai 2013

Sous ce ciel fixe de lagune


Émile Verhaeren - UN SOIR


Orné d’ébène et de flambeaux,
Voici passer, vers les tombeaux,
Les funérailles de la lune.
Émile Verhaeren

mercredi 1 mai 2013

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Charles BAUDELAIRE - L'Ennemi



Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Charles BAUDELAIRE 

jeudi 4 avril 2013

Quelle main t'enferma dans ta prison d'argile ?



Méditations poétiques - Lamartine


Je meurs et ne sais pas ce que c'est que de naître.
Toi, qu'en vain j'interroge, esprit, hôte inconnu,
Avant de m'animer-, quel ciel habitais-tu ?
Quel pouvoir t'a jeté sur ce globe fragile ?
Quelle main t'enferma dans ta prison d'argile ?
Alphonse de Lamartine

dimanche 31 mars 2013

Regardez là-bas, là repose, en une obscure étable,


Johann Sebastian Bach - BWV 248/2 - Oratorio de Noël - Traduction Gilles Cantagrel


Celui qui règne sur l’univers !
Là où naguère un bœuf trouvait sa nourriture,
Là, à présent, repose l'enfant de la Vierge.

Johann Sebastian Bach - Oratorio de Noël - Picander - Traduction Gilles Cantagrel


vendredi 29 mars 2013

Va le trouver : dis−lui qu'il apprenne à l'ingrat

Andromaque - Tragédie - Jean Racine



Qu'on l'immole à ma haine, et non pas à l'Etat.
Chère Cléone, cours : ma vengeance est perdue
S'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue.
Jean Racine

lundi 25 mars 2013

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant


Mon rêve familier - Paul VERLAINE - Poèmes saturniens


D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.


Mon rêve familier - Paul VERLAINE

Fenêtre, dont une image bue


Rainer Maria RILKE - Recueil Les fenêtres



dans la claire carafe germe.
Boucle qui ferme
la vaste ceinture de notre vue.

Rainer Maria RILKE

samedi 23 mars 2013

Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.

Clair de lune - Les Orientales, Victor Hugo



On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine... -
La lune était sereine et jouait sur les flots.

Victor Hugo

dimanche 17 mars 2013

L'or fluide du jour jaillit en gerbes vives,

L'Aboma, Charles-Marie Leconte de Lisle


Monte, s'épanouit, retombe, et, ruisselant
Comme un rose incendie au fleuve étincelant,
Semble le dilater au-dessus de ses rives.

Charles-Marie Leconte de Lisle

samedi 9 mars 2013

Le choc s'en renouvelle, et le meurtre en redouble,


Pierre Le Moyne, Saint Louis




Le choc s'en renouvelle, & le meurtre en redouble,
La nuit mesme, dans l'air, s'en échauffe & s'en trouble :
Et la vapeur du sang qui ruissele des corps, 
Les plaintes des mourans, & les Ombres des morts, 
Mille funebres voix, mille images funebres, 
Font vn concert d'horreur avecque les tenebres.

Pierre Le Moyne 

dimanche 3 mars 2013

Nymphe, se revêtant toujours


Petite cascade, Les quatrains valaisins - Rainer Maria Rilke



de ce qui la dénude,
que ton corps s’exalte pour
l’onde ronde et rude.

Sans repos tu changes d’habit,
même de chevelure ;
derrière tant de fuite, ta vie
reste présence pure.

Rainer Maria Rilke


lundi 25 février 2013

J'accours de l'Orient suffire à ton caprice !

Album de vers anciens - Paul Valéry


Et je te viens offrir mes plus purs aliments ;
Que d’espace et de vent ta flamme se nourrisse !
Viens te joindre à l’éclat de mes pressentiments !

Paul Valéry

dimanche 24 février 2013

Des draps blancs dans une armoire





Premier Jour, Paroles, Jacques Prévert


Des draps rouges dans un lit
Un enfant dans sa mère
Sa mère dans les douleurs
Le père dans le couloir
Le couloir dans la maison
La maison dans la ville
La ville dans la nuit
La mort dans un cri
Et l’enfant dans la vie.
Jacques Prévert


dimanche 17 février 2013

Il fut un temps où, turbulente,

Anna de Noailles - Poème de l'amour


Sous les yeux des astres divins,
Grave, ignorant que tout est vain,
J’exigeais de rester vivante.

Aujourd’hui j’aspire au début
D’une éternelle somnolence,
Morte mille fois d’avoir bu
Tous les poisons dans ton silence …

Anna de Noailles


C’est un chemin facheux borné de peu d’espace,

Pierre de Ronsard - Derniers vers



C’est un chemin facheux borné de peu d’espace,
Tracé de peu de gens que la ronce pava,
Où le chardon poignant ses testes esleva,
Pren courage pourtant, et ne quitte la place.
Pierre de Ronsard

dimanche 10 février 2013

Là-bas, ces grandes croix au carrefour des routes,

Heures Mornes - Émile Verhaeren - Les Débâcles


Ces croix ! – Oh ! n’y pouvoir saigner son coeur ; ces croix,
Où s’accrochent des cris d’espace et de déroutes,
Des cris et des haillons de vent dans les grands bois.
Émile Verhaeren


Dans ma maison vous viendrez

Dans ma maison - Jacques Prévert - Paroles




D’ailleurs ce n’est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n’est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendue
Jacques Prévert


Dans ma maison tu viendras

Dans ma maison - Jacques Prévert - Paroles



Je pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça
Et quand tu seras entrée dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherai près de toi
Voilà
Dans ma maison qui n’est pas ma maison tu viendras.
Jacques Prévert

samedi 9 février 2013

J’ai, quelque jour, dans l’Océan,



(mais je ne sais plus sous quels cieux),
Jeté, comme offrande au néant,
Tout un peu de vin précieux …

Perdu ce vin, ivres les ondes ! …
J’ai vu bondir dans l’air amer
Les figures les plus profondes …
Paul Valéry

dimanche 3 février 2013

samedi 2 février 2013

A la nue accablante tu

A la nue accablante - Stéphane MALLARME - Poésies

Basse de basalte et de laves
A même les échos esclaves
Par une trompe sans vertu

Quel sépulcral naufrage (tu
Le sais, écume, mais y baves)
Suprême une entre les épaves
Abolit le mât dévêtu

Ou cela que furibond faute
De quelque perdition haute
Tout l’abîme vain éployé

Dans le si blanc cheveu qui traîne
Avarement aura noyé
Le flanc enfant d’une sirène.
Stéphane Mallarmé

vendredi 1 février 2013

La mort dans un cri

Jacques Prévert, divers vers rouges


le cri rouge d’un coq égorgé publiquement
Dans la chambre où l’édredon rouge
D’un rouge soudain éclatant
Mélange ce rouge si rouge
Au sang bien plus rouge encore
Perdu dans une carafe
Une carafe d’eau rougie
D’eau rougie à la flamme
A la flamme d’une bougie
Tendue de velours rouge
Pure comme le vin rouge
Jacques Prévert,  Jacques Prévert,  Jacques Prévert,  et Jacques Prévert

lundi 28 janvier 2013

Ah ! c’est un cri sacré que tout cri d’agonie ;

Le cri, Louise Ackermann, Poésies Philosophiques



Il proteste, il accuse au moment d’expirer.
Eh bien ! ce cri d’angoisse et d’horreur infinie,
Je l’ai jeté ; je puis sombrer !
Louise Ackermann

dimanche 27 janvier 2013

Aux carrefours, porte ouverte, les bars :


Les usines - Émile Verhaeren


Etains, cuivres, miroirs hagards,
Dressoirs d'ébène et flacons fols
D'où luit l'alcool
Et sa lueur vers les trottoirs.


Émile Verhaeren

lundi 14 janvier 2013

Inutiles pourtant, inutiles et vains,

Conseil absurde - Émile Verhaeren



Parfums demain perdus, corolles demain mortes,
Et personne pour s'en venir ouvrir les portes
Et les faire servir au pâle orgueil des mains.

Émile Verhaeren

samedi 12 janvier 2013

Elle n'écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,

Paul Valéry - Au bois dormant - Album de vers anciens


Tinter d'un siècle vide au lointain le trésor,
Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes
Déchirer la rumeur d'une phrase de cor.
Paul Valéry

dimanche 6 janvier 2013

Oh ! qui fera surgir soudain, qui fera naître,

Rêverie, Victor Hugo


Là-bas, - tandis que seul je rêve à la fenêtre
Et que l'ombre s'amasse au fond du corridor -
Quelque ville mauresque, éclatante, inouïe,
Qui, comme la fusée en gerbe épanouie,
Déchire ce brouillard avec ses flèches d'or !

Victor Hugo

Je vais buvant l'haleine et les fluidités

Les parfums - Anna de Noailles


Des odorants frissons que le vent éparpille,
Et j'ai fait de mon coeur, aux pieds des voluptés,
Un vase d'Orient où brûle une pastille ...

Anna de Noailles

vendredi 4 janvier 2013

Et mon fixe regard qui veille dans la nuit

Les parfums - Anna de Noailles


Sait un caveau secret que la myrrhe parfume,
Où mon passé plaintif, pâlissant et réduit,
Est un amas de cendre encor chaude qui fume.

Anna de Noailles

dimanche 30 décembre 2012

Les malheurs de Lesbos, par vos mains ravagée,

Iphigénie - Tragédie de Jean Racine



Epouvantent encor toute la mer Egée :
Troie en a vu la flamme, et jusque dans ses ports,
Les flots en ont poussé les débris et les morts.

Jean Racine

vendredi 28 décembre 2012

Oui, Seigneur, lorsqu'au pied des murs fumants de Troie

Andromaque, Tragédie de Jean Racine



Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie,
Le sort, dont les arrêts furent alors suivis,
Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils.


Jean Racine



mardi 25 décembre 2012

Et dans quels lieux, Seigneur, l'allez−vous donc chercher ?

Phèdre, Tragédie de Jean Racine



Déjà pour satisfaire à votre juste crainte,
J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe ;
J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords
Où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts ;
J'ai visité l'Elide, et laissant le Ténare,
Passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare.

Jean Racine

lundi 24 décembre 2012

Nos vaisseaux sont tout prêts, et le vent nous appelle.

Andromaque - Tragédie de Jean Racine


Je sais de ce palais tous les détours obscurs ;
Vous voyez que la mer en vient battre les murs,
Et cette nuit, sans peine, une secrète voie
Jusqu'en votre vaisseau conduira votre proie.
Jean Racine

dimanche 23 décembre 2012

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes,


Andromaque - Tragédie de Jean Racine



Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes,
Un enfant dans les fers ; et je ne puis songer
Que Troie en cet état aspire à se venger.
Jean Racine



dimanche 16 décembre 2012

N'estoit-ce assez que l'arrogance

La pierre du coq, Rémy Belleau


De vostre oeil domtast la puissance
Et l'ire des Lyons plus fiers,
Sans que pour la vaillance acquerre
S'endurcist encor ceste pierre
Au ventre creux de vos gosiers ?
Rémy Belleau

Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire

Hantise, Stuart Merrill


La lueur de la lune illumine le soir :
Un fantôme s'effare en l'ombre funéraire
Et l'âme de l'air râle en brumes d'encensoir.
Stuart Merrill

jeudi 13 décembre 2012

Un mur sa porte et sa serrure



Un mur et sa serrure
Le petit trou de l'évasion
Qu'on agrandit avec des mots

Je suis assis entre deux murs
Avec le temps sur les genoux
Il me décrit l'éternité
Avec les lettres du silence.
Marcel Flusin

dimanche 9 décembre 2012

Satan par le bois vert nostre aïeule ravit,

Antithèses de la Croix à l'arbre deffendu, Jean de La Ceppède


Jesus par le bois sec à Satan l'a ravie ;
Le bois vert à l'Enfer nostre aïeule asservit,
Le bois sec a d'Enfer la puissance asservie.
Jean de La Ceppède

dimanche 18 novembre 2012

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,



Charles Baudelaire, Élévation



Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées ...
Charles Baudelaire



lundi 12 novembre 2012

Le bain d'une dame romaine

Alfred de Vigny, Le bain d'une dame romaine



Une Esclave d'Egypte, au teint luisant et noir,
Lui présente, à genoux, l'acier pur du miroir ;
Pour nouer ses cheveux, une Vierge de Grèce
Dans le compas d'Isis unit leur double tresse ;
Sa tunique est livrée aux Femmes de Milet,
Et ses pieds sont lavés dans un vase de lait.
Alfred de Vigny


jeudi 1 novembre 2012